mercredi 13 avril 2016
Accueil / European Tour / Hommage : Dave Renwick, un caddie à l’ancienne nous a quitté !

Hommage : Dave Renwick, un caddie à l’ancienne nous a quitté !

Le caddie Écossais s’est éteint à 62 ans, vaincu par la maladie. Il avait remporté 5 majeurs avec 3 joueurs différents. Il était le caddie de Vijay Singh lors de 7 victoires en 2004 lorsque le Fidjien est devenu le premier joueur PGA a gagner 1 million de $ en une seule saison.

Le joueur de golf espagnol Pablo Larrazabal lui doit une petite partie de son plus beau souvenir professionnel. C’était un samedi de janvier 2014, à Abu Dhabi. Rory McIlroy venait de perdre sa balle dans un buisson, puis de prendre un drop incorrect sans s’en rendre compte.

Dave Renwick, caddie d’un autre joueur dans la même partie, lui a alors signalé son erreur, ce qui a entraîné deux coups de pénalité pour l’Irlandais. Petite intervention pour une grande conséquence: le lendemain, McIlroy perdait le tournoi, un coup seulement derrière Larrazabal…

Il fallait une certaine dose de courage et de confiance en soi pour mettre ainsi le numéro un mondial devant ses manquements au règlement, alors que toutes les caméras étaient braquées sur lui.

Je suis allé le lui dire pour éviter qu’il soit disqualifié en signant une carte incorrecte. Et de toute façon, je n’aurais pas pu m’endormir avec ce truc sur la conscience

avait assuré Dave Renwick. Un caddie authentique, dur, à l’ancienne. Un incorruptible, qui vient hélas de s’éteindre à 62 ans, après avoir perdu une longue et terrible bataille contre le cancer. Beaucoup de joueurs lui ont rendu hommage cette semaine à Dubai, où tous ont porté un ruban noir le jeudi pour marquer leur douleur.

Dave Renwick était le symbole d’un autre temps. Celui où les joueurs n’étaient pas systématiquement entourés de bénis-oui-oui prêts à leur servir la soupe en toutes circonstances. Celui où les caddies étaient certes supposés la fermer, mais où ils avaient bien trop de caractère pour rester silencieux.

De son propre aveu, Renwick était un «Ecossais borné», et donc forcément râleur. Vainqueur du Masters 1994 avec l’Espagnol José Maria Olazabal, il s’était pourtant avoué mécontent du manque de reconnaissance de ses qualités, au point de quitter son patron. Interrogé sur le risque financier d’une telle décision, il avait spontanément balancé: «C’est toujours compliqué de trouver un équilibre entre gagner pas mal d’argent et se faire traiter comme une merde.»

Besoin d’exister

Le succès l’a ensuite régulièrement accompagné. Au point de porter le sac du Fidjien Vijay Singh sur sept de ses neuf victoires en 2004, jouant ainsi un rôle certain dans son accession à la première place mondiale. Renwick aurait là encore apprécié une reconnaissance publique de son travail. Au lieu de quoi, le cynique Singh avait rétorqué: «J’ai joué deux tournois avec mon entraîneur à sa place, et j’ai gagné les deux.

Donc c’est d’abord une question de talent du joueur. Et j’espère qu’il est content de la façon dont je le récompense.» Sous-entendu: d’en faire l’un des «golfeurs» écossais les mieux payés cette année-là, lorsque ses gains ont approché le million de dollars. Mais un vrai caddie a désespérément besoin d’exister. La preuve: il dit toujours «nous» quand il parle de son joueur. Tiger Woods lui-même avait essayé de le débaucher à la fin des années 1990. Le refus de l’Ecossais avait laissé la voie libre au Néo-Zélandais Steve Williams, avec le résultat qu’on connaît.

Ça n’aurait sans doute pas fonctionné entre les deux hommes. Renwick n’aurait pas pu composer avec la morgue de l’ex-boss du golf mondial. Malgré son regard dur et sa peau tannée par le vent et le soleil, cet homme-là n’était pas une machine. Plutôt un super gars, surnommé «Buddy» (pote) par tout le monde, avec ses failles et son mode de vie hérité d’une autre époque, là encore. Dans les années 1980, il s’était fait braquer au couteau aux Etats-Unis, y perdant sa montre et son cash. Idem en Ecosse, où un sale passage à tabac avait failli lui coûter un œil, sauvé après dix mois de convalescence.

Il avait même connu la prison en France, pour s’être endormi au volant et avoir provoqué la mort de deux de ses collègues. Mais «Buddy» était adoré de tous ses collègues, aujourd’hui soulagés par la fin de son calvaire. Ils l’avaient vu à l’Open d’Irlande en juillet dernier, marqué par la maladie et déjà privé de la moitié de son poids. Une vision pas supportable pour celui qui a si souvent osé se tenir droit.

Philippe Chassepot

https://www.letemps.ch/sport/2016/02/04/golf-pleure-dave-renwick-caddie-ancienne

A propos de TEAM GZ

Nous sommes à votre écoute ! Les commentaires et suggestions des utilisateurs jouent un rôle fondamental pour nous aider à progresser. N’hésitez pas à nous contacter à tout moment pour partager vos idées !