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Interview : Thomas Levet, la référence

Devenu la figure emblématique du golf Français, Thomas Levet évolue sur le circuit professionnel depuis 1988. Il compte six victoires sur l’European Tour. En 2001, il remporte le British Masters et termine 4ème de l’Open du Maroc. En 2002, il termine 2e du British Open après avoir disputé un double play-off. Dans la saison 2010/2011, il se qualifie pour l’US Open et l’Open britannique, et tout le monde se souvient avec émotion de son succès mémorable à l’Open de France en 2011.

Rappelons enfin qu’il est le premier Français à avoir remporté la Ryder Cup, s’imposant dans son match de simple contre Fred Funk et participant ainsi à la large victoire de l’équipe européenne sur le sol américain. C’était en septembre 2004. Aujourd’hui Thomas continue sa carrière de golfeur sur l’European Tour, mais s’investit aussi dans de nombreux domaines avec les mêmes objectifs : le développement de notre sport et la promotion du golf français, qui lui doit déjà énormément. Souriant, disponible, généreux, Thomas LEVET nous a accordé une interview.

Pourquoi avoir choisi le golf ?

C’est un sport dans lequel tu dois te battre avec toi-même, en permanence, quel que soit ton niveau de forme de la journée. C’est toi qui contrôles la performance, ce n’est pas un adversaire. Au tennis par exemple, tu peux jouer avec quelqu’un qui va être beaucoup trop fort pour toi ou beaucoup trop faible, et le niveau de ton jeu va dépendre de ton adversaire. Au golf, ta performance ne dépend que de toi. Il n’y a pas non plus de juge, comme il peut y en avoir en gymnastique ou dans les sports de combat. Par certains aspects, on retrouve dans l’athlétisme la même gestion physique et mentale qu’au golf. Tu te bats contre toi-même et il n’y a que toi qui sois juge et responsable de ta performance.

Vous avez repris la compétition au Maroc lors du Trophée Hassan II. Aviez-vous hâte de reprendre la compétition ?



J’avais hâte de revenir à la compétition pour voir où j’en étais techniquement, pour voir ce qui marchait; ce qui ne marchait pas et les choses sur lesquelles je devais encore travailler. Ce qui m’a satisfait, c’est qu’Il y a deux ou trois secteurs de mon jeu que j’avais travaillés depuis un mois et demi et que j’ai bien améliorés. J’ai par exemple très bien putté au Maroc. Mais il faut encore que je bosse le driving, car il n’est pas là.

Votre objectif cette saison ?

Mon objectif, c’est de redevenir compétitif et de faire une grosse semaine qui me permettra de garder ma carte. C’est aussi de reprendre le rythme de la compétition, de retrouver la dynamique du circuit et un niveau de jeu qui me donnent vraiment envie de jouer.

La suite de votre programme ?

Je vais aller à l’Ile Maurice, puis je participerai à l’Open d’Espagne.

Quelle est la différence entre le Thomas des débuts et celui d’aujourd’hui ?

Je suis beaucoup plus structuré aujourd’hui, surtout mentalement. Je m’épuise beaucoup moins qu’avant sur un parcours. Je suis plus sûr de moi, je gère mieux la pression. Le revers de la médaille, c’est qu’il y a aussi moins d’insouciance, cette insouciance qui fait parfois la force des jeunes joueurs. Quand tu commences à jouer sur le circuit, tu as souvent la fougue de la jeunesse. Tu te mets à attaquer comme un malade. Quand ça passe, c’est formidable, mais quand ça ne passe pas, ça fait très mal. C’est peut-être une peu ça le syndrome de la maturité, moins d’insouciance…

Qu’est ce qui a changé dans le milieu professionnel par rapport à vos débuts sur le circuit ?

Il y a eu de gros changements, sur le plan économique d’abord. Un exemple tout bête, les tarifs des caddies. Quand j’ai commencé, je payais environ 120 euros la semaine. Maintenant, il faut débourser entre 1000 et 1500 euros pour un tournoi. Le price-money aussi est bien plus important qu’avant. Nous, lorsqu’on jouait des tournois à 400 000 euros, c’était déjà un gros tournoi. Aujourd’hui, c’est 1 million en moyenne. A ce propos, je trouve que les majeurs sont trop importants par rapport aux autres tournois. Il y a quelques années, il n’y avait pas autant d’écart. Le plus gros tournoi devait être à 600 000 euros et le plus petit à 250 000. Aujourd’hui les plus petits sont à 500 000 et les plus gros à 8 millions. C’est beaucoup trop d’écart. Ton rang au classement européen dépend trop de ta performance dans les gros tournois et ceux qui n’ont pas la chance de s’y qualifier n’ont quasiment aucune chance de bien terminer au classement. Les gens qui sont en haut du classement sont les vainqueurs de majeurs. Enfin, une dernière différence, c’est que le circuit européen n’est plus très européen. A mes débuts, on ne jouait qu’en Europe. Maintenant, il n’y a plus que la moitié des tournois dans les pays européens, le reste est disséminé dans le monde entier.

Quelques anecdotes insolites dans votre carrière ?

Tous les ans il arrive de nouvelles choses surprenantes, et j’ai accumulé plein de situations très insolites dans ma carrière. Deux exemples parmi tant d’autres…

Un jour, sur un par 3, je tape un coup de fer 6 impeccable. La balle tombe bien sur le green, mais dans un secteur où il n ‘y avait pas beaucoup d’herbe. Elle rebondit comme sur du bitume, passe par dessus le bunker, prend une route qui se trouvait derrière le bunker, roule sur cette route sans jamais s’arrêter… J’ai dû jouer bois 3 pour revenir, car la balle était arrivée 200 mètres derrière le green sur lequel elle avait pourtant pitché..

Sinon, un jour, en Corée, j’ai vu un de :mes partenaires taper son drive tout à fait correctement. Il a pitché au bord du fairway un peu à gauche, pas de problème. Mais juste à proximité de cet endroit, il y avait une route, sur laquelle la balle a fini sa course. Elle est alors redescendue jusqu’à nous en roulant, et elle s’est arrêtée 20 mètres derrière le tee de départ. Il avait finalement drivé vingt mètres en arrière !

A vos débuts, quels joueurs vous inspiraient ?

Ballesteros, Langer, Nicklaus les Zidane de l’époque, les gars qui gagnaient. On essayait tous de les copier, c’était les meilleurs joueurs du monde.

Commentateur, joueur, ambassadeur du golf français auprès de jeunes….Vous êtes hyperactif !

Oui, j’ai du mal à rester longtemps en place à la maison, ca, c’est une évidence. Cela fait maintenant 30 ans que j’ai ce mode de vie. C’est devenu ma façon de vivre, j’ai besoin de bouger, de faire des choses à droite à gauche. Je m’investis dans le but de développer le golf le plus et le mieux possible. C’est loin d’être toujours facile, mais c’est aussi comme ça que je me sens bien.

Quel est votre regard sur le golf français aujourd’hui ?

Le golf français se porte bien. On a de plus en plus de joueurs talentueux sur le circuit européen, mais pas assez encore sur le PGA TOUR. On mériterait d’avoir au moins 3 ou 4 représentants sur le circuit américain. Ils ont largement le niveau pour être compétitifs là bas, et puis c’est le moment.

Nous, on a ouvert l‘European Tour à cette génération, et je pense que c’est au tour de cette génération qui brille sur le circuit européen d’ouvrir le PGA TOUR, de montrer la voie aux suivants..
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Que pensez vous de la sous-médiatisation du golf féminin dont se plaignent souvent les filles ?

Oui malheureusement il y a un évident déficit de notoriété pour le golf féminin. Les filles dans le monde entier représentent 10 à 15 % des pratiquants, ce qui veut dire que le golf féminin intéresse 10 à 15% du paysage audiovisuel. C’est proportionnel, mais cela représente en fait très peu d’exposition. C’est dommage, car elles jouent bien. Cela dit, c’est aussi à elles de développer le truc. Il me semble d’ailleurs que cela avance doucement.

Votre fourball de rêve ?

Mon père, Bjorn Borg et Sophie Marceau

Autre passion ?

Tous les sports, surtout le rugby et le hockey sur gazon, car j’y ai joué quand j’étais gamin.

Si vous n’aviez pas été golfeur, qu’auriez-vous fait ?

Probablement vétérinaire, ou joueur de hockey pro.

Une superstition ?

Non pas tellement… Ah si, une habitude : je n’utilise jamais de balles n°3 ,car elles m’ont porté malheur à une époque.



Le golf aux JO vous en pensez quoi ?


Enfin ! Le golf est un des sports les plus télévisés au monde, et cette exposition est un bon moyen de soutenir les plus petits sports. Aux JO, il n y a pas de sous-sport, tout est mis en commun. Le golf peut donc être bénéfique dans l’aide aux autres sports moins connus ou moins développés.

Votre rêve aujourd’hui ?

Faire une après-carrière aussi bonne que ma carrière de golfeur.

Thomas Levet capitaine de Ryder Cup ça vous inspire?

Evidemment, c’est quelque chose qui me plairait beaucoup. Mais ce n’est pas moi qui décide, c’est le comité. Cela dit, si je suis appelé par l’équipe pour jouer un rôle dans la Ryder Cup, je le ferai avec beaucoup de plaisir.