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Pascal GRIZOT : « Cette Ryder Cup va être l’événement de 2018 pour la France »

« Ryder Cup 2018, nous y serons! » Début janvier, Pascal GRIZOT, président du comité Ryder Cup 2018, a reçu Golf Zone pour faire le point sur la préparation de l’événement, trois ans avant l’échéance tant attendue par tous les golfeurs français. Dans cet entretien, il nous a dévoilé avec une passion communicative les enjeux de l’organisation, les objectifs fixés et l’état actuel de réalisation des projets. 

Merci à Pascal Grizot pour son accueil et de sa disponibilité.

Après cet entretien, une seule conclusion : pour nous, passionnés de golf, il va être bien difficile de patienter encore trois années…

LA GENESE

Cette Ryder Cup est un projet qui a été mené sur le long terme. En réalité, notre candidature date de 2008. A cette époque, il s’agissait de se projeter à 10 ans. C’était lointain, mais cela nous a donné la possibilité de réfléchir, de faire mûrir, d’optimiser calmement la préparation de l’événement…  et celle des équipes qui en ont été chargées. Pour moi par exemple, gérer la candidature et organiser la Ryder Cup  ne sont pas mes métiers d’origine, mais ce délai de maturation m’a permis comme à tous de mûrir en même temps que le projet. Les trois années de campagne pour obtenir la candidature ont vraiment été de très belles années de ma vie. Quand on vous dit : « Demain, c’est vous qui allez vous occuper de la candidature de la France pour la Ryder Cup 2018 », et que trois années plus tard vous gagnez et vous ramenez à votre pays l’organisation de la Coupe, c’est une fierté.

Maintenant, il reste à relever le challenge de l’organisation à Paris, qui a des aspects tout à fait spécifiques. J’ai beaucoup de respect pour le travail effectué par Ryder Cup Europe pour l’organisation de la coupe au Celtic Manor ou à Gleneagles, mais la candidature de Paris est vraiment particulière, et l’on ne peut pas imaginer une organisation identique aux précédentes.


LES ENJEUX

D’abord, c’est la première fois depuis très longtemps que la Ryder Cup va être organisée à proximité directe d’une grande ville, et quelle ville ! Lorsque les Etats-Unis ont organisé la Cup à Chicago, tout était parfait, à l’américaine, mais quand vous étiez à Chicago, vous ne saviez pas que l’événement se déroulait à 15 Km de là. Je voudrais éviter cela en 2018, car si les Etats-Unis ont la Ryder Cup tous les quatre ans, c’est la première fois que nous l’avons à Paris, et j’aimerais donner à cet événement exceptionnel une véritable dimension populaire.

Si l’événement est circonscrit à Saint-Quentin en Yvelines, ce sera pour moi un échec. Tout le monde, la Ryder Cup Europe et l’European Tour, seraient satisfaits avec 45000 spectateurs. Ce format est habituel et gérer ce nombre au Golf National serait encore plus facile qu’à Celtic Manor ou à Gleneagles. Mais ce que je vise pour la Fédération et pour la France, c’est une Ryder Cup à 60 000 spectateurs au moins. L’enjeu est donc de faire prendre conscience à la France  que la Ryder Cup est une compétition de dimension planétaire et qu’elle doit permettre le développement de la pratique du golf en France.

Si l’on analyse bien la réussite de Gleneagles alors que ce n’était pas gagné d’avance,  les deux clés du succès ont été la ferveur populaire indispensable que l’on doit anticiper, et le soutien politique qui doit permettre les aménagements indispensables. Il faut que nous parvenions à optimiser  ces deux points clés nous aussi, et c’est en très bonne voie.

Au niveau des infrastructures nécessaires pour que la foule puisse se rendre sur place, ce sera plus  simple pour nous. A Gleneagles, il a fallu construire une gare qui a été inaugurée six mois avant le début de la compétition. Nous avons déjà trois gares à moins de 10 Kms du Golf National. Nous disposons également des deux aéroports parisiens, plus deux autres où les avions privés pourront se poser avant et pendant la compétition. C’est tout simplement exceptionnel.  J’espère donc que la ferveur populaire sera doublement présente : celle des Français bien sûr, mais aussi celle des Britanniques. Venir de Londres à Paris avec l’Eurostar, par exemple, est maintenant très simple.

La logistique des transports et l’hébergement sont donc des problèmes très importants. La ville de Paris risque d’avoir un afflux supplémentaire de touristes, d’autant qu’à la fin du mois de septembre, il y a également le Salon de l’auto et la Fashion week. Il va donc falloir être vigilant et bien gérer tout cela.

La problématique d’une Ryder Cup, c’est que tout le monde a envie d’être là à 7h le matin pour les premières parties,  et que tout le monde s’en va le soir au même moment, quand les matchs sont terminés. La gestion des flux de personnes est donc extrêmement importante. C’est très bien de vouloir 70 000 spectateurs, mais il faut pouvoir les accueillir en toute sécurité et dans les meilleures conditions possibles pour leur confort à leur arrivée, sur place et à leur départ.

Quand vous voulez accueillir autant de personnes,  c’est toujours complexe, mais la France a un véritable savoir faire en la matière. Remplir le Stade de France, c’est gérer 80 000 personnes. Ce que nous allons faire c’est remplir un Stade de France pendant presque une semaine,  mais c’est une chose que l’on sait parfaitement faire en France, et cela ne m’inquiète pas plus que cela. Que ce soit au niveau de la logistique, de la sécurité… on sait faire.

Quant au soutien politique, nous avons toujours été entendus et aidés par le CNDS et le Ministère des Sports, au début dans un gouvernement de droite, maintenant dans un gouvernement de gauche. En Ile de France, nous avons la chance d’avoir Monsieur Huchon pour Président de Région. Il connaît bien le golf, a parfaitement compris l’importance de la Ryder Cup, il voyage dans le monde entier et sait l’impact de l’événement. Il y a aussi bien sur la ville de Saint Quentin en Yvelines,  La communauté d’agglomération a elle aussi compris l’intérêt d’accueillir un événement de cette ampleur. Elle est entrée dans le club des partenaires et nous aide énormement, notamment sur le plan des transports. L’Etat et les collectivités locales et régionales sont donc mobilisés, et l’enjeu sportif et économique leur est devenu évident. Car il y aura forcément création de richesse grâce à l’organisation de cette Ryder Cup.  Il reste à faire prendre conscience à tous les Français de la véritable ampleur de cet événement. Peu de gens en France se représentent ce qu’est vraiment l’impact mondial d’une Ryder Cup. Aux Etats-Unis par exemple, c’est un événement médiatique et populaire énorme, équivalent pour eux à ce que représente pour nous la Coupe du monde de foot.


LES ATOUTS

A Chicago, avec 50 000 spectateurs accueillis, ils ont été obligés de couper 600 arbres pour installer les tentes d’hospitalité, et la visibilité était moins confortable qu’elle ne le sera au Golf National. Le Golf National a en effet une configuration unique au monde sur ce plan. Augusta par exemple est un parcours magnifique, mais il n’est pas fait pour accueillir beaucoup de spectateurs. Il en est de même pour les parcours du British. A l’US Open de Merion, il n’y a eu que 20 000 spectateurs. Par contre, le Golf National a été conçu comme un stadium destiné à accueillir un très grand nombre de personnes, et à leur permettre d’assister à un spectacle complet. Si l’on construit des lieux d’hospitalité entre le 1 et le 18, on voit le matin le départ sur les deux premiers trous, et quand les parties reviennent, on a pleine vue sur les trous 15, 16 et 18. Du même endroit vous pouvez voir cinq trous, c’est absolument unique au monde. L’idée est donc de construire de grands emplacements d’hospitalité sur les buttes et de mettre également un grand nombre de spectateurs dans les roughs et les descentes. Nous aurons aussi à gérer l’éventualité d’une Ryder qui se jouerait sur le dernier trou du dernier match, et là il faudrait canaliser des dizaines de milliers de personnes qui afflueraient sur un espace restreint. Tout cela fait partie de notre réflexion, c’est le type de problèmes auxquels nous sommes confrontés, et c’est passionnant.

Puisque nous parlons des atouts, la présence de golfeurs français apporterait évidemment, un dynamisme supplémentaire, et ce serait un extraordinaire atout supplémentaire. On a vu que la présence de Victor Dubuisson à Gleneagles avec le succès que l’on sait avait contribué à mobiliser la France du golf autour de l’événement. Pour les joueurs eux-mêmes, c’est un projet magnifique de pouvoir envisager d’intégrer l’équipe européenne pour une Ryder Cup à domicile. Même sans Français, la fête sera belle, mais elle sera encore plus belle avec un ou plusieurs Français dans l’équipe. Je suis tout à fait confiant à ce sujet, vu le niveau actuel de nos meilleurs joueurs.


LES AMENAGEMENTS

Deux chantiers sont prévus, l’un destiné à améliorer le parcours, l’autre pour permettre le meilleur accueil possible des spectateurs.

Pour améliorer la partie technique du terrain, les installations d’irrigation et de drainage vont être entièrement réaménagées. Le système d’irrigation aurait eu 30 ans en 2018. Il ne nous paraissait donc pas concevable de le laisser en l’état, d’autant que les technologies d’aujourd’hui nous permettent de consommer beaucoup  moins d’eau pour une gestion  du parcours beaucoup plus efficace.

Les gros travaux destinés à l’irrigation serviront également pour améliorer le drainage. S’il pleut, il faut que le parcours soit très rapidement opérationnel. On sera au mois de septembre, les jours sont beaucoup plus courts, et s’il y a une interruption de jeu et que le parcours n’est plus praticable, ce serait très gênant. Nous voulons tout prévoir pour éviter de retarder les parties et d’être obligés de prolonger jusqu’au lundi, comme ce fut le cas au Celtic Manor. Nous sommes optimistes sur le commencement des travaux, qui auront lieu à partir du mois de juillet 2015.

Pour optimiser la qualité de l’hospitalité et faciliter le trajet des spectateurs, de nouvelles plates-formes vont être construites juste après l’Alstom Open de France.  Le village sera sur l’emplacement du practice actuel, et l’on va construire un nouveau practice situé entre le 9 et sur le 18 de l’aigle. Tout l’ancien practice va donc être transformé en village, et l’on va mettre aussi de nouvelles tribunes beaucoup plus importantes. Pour ce grand village d’hospitalité, nous travaillons avec GL Events, qui est le leader mondial d’aménagement des installations pour les événements sportifs. Ils ont fait les JO, la coupe du monde de foot… On travaille avec eux pour réfléchir à tout cela, car tout va être surdimensionné par rapport à l’Open de France. Peut-être construirons-nous aussi un village éphémère comme au 24 heures du Mans pour permettre à des personnes au budget plus limité d’être dans des villages de tentes. Il faut que tout le monde soit bien traité. On va essayer de faire vivre à chacun une expérience unique de Ryder Cup à Paris.


LE PUBLIC

Cette Ryder Cup va être l’événement de 2018 pour la France. Même s’il y a 70 000 places, on sera à guichets fermés. On se bat pour qu’il y ait le plus grand nombre possible de spectateurs, mais proportionnellement un grand nombre de places sera réservé aux licenciés grâce à des quotas. 20 000 places, c’est le maximum que l’on pourra offrir aux licenciés français, et je suis persuadé que ces places seront très vite réservées. Concernant les étrangers, les Américains viendront sans aucun doute en nombre, car il s’agit d’un grand événement sportif, mais l’attrait de la ville de Paris jouera certainement beaucoup. Compte tenu de tout ce qui sera proposé en termes d’activités “off-site”,  ils vont sûrement être très intéressés. Les Britanniques se déplaceront aussi, pour le mêmes raisons, parce que le golf fait partie de leur culture et que les moyens d’accès sont nombreux et très pratiques. Donc oui, je suis persuadé que la majorité des spectateurs sera constituée de golfeurs passionnés, et que nous allons attirer un nombreux public.

Les billets coûtent relativement cher, mais pas plus que les spectacles, les concerts classiques ou de rock, ou encore les événements sportifs comme les matchs du PSG ou les matchs internationaux.  Par rapport aux prix des billets lors des deux dernières éditions européennes, il n’y aura pas de surcoût autre que l’inflation.


LA COMMUNICATION

Nous allons essayer de créer un pont médiatique entre le Golf national, où se déroulera l’événement, et la ville de Paris, au cœur de laquelle nous installerons un village Ryder Cup. De nombreuses animations y seront organisées, ce qui mobilisera le grand public et constituera une vitrine pour notre sport. Nous bénéficierons de la ligne directe du RER entre la Tour Eiffel et la gare de Saint Quentin en Yvelines, ce qui constitue un avantage considérable pour ces opérations médiatiques.  De plus, les Champs Elysées seront aux couleurs de la Ryder Cup, tout sera fait pour donner à l’événement la notoriété qu’il mérite.

Autre projet d’envergure sur lequel nous travaillons, la cérémonie d’ouverture. Nous envisageons de la faire soit à Versailles soit à Paris, pour lui donner une dimension plus ouverte sur des lieux emblématiques de Paris et de sa région, sur des sites mythiques pour le monde entier. Des discussions ont déjà lieu avec ces deux villes pour finaliser ce projet.


LES MEDIAS

Les droits n’ont pas encore été vendus, mais je pense que cela sera fait fin 2016. Il est fort possible que ce soit Canal Plus qui obtienne les droits. La chaîne investit depuis longtemps dans le golf  et ils sont considérés par tous comme le diffuseur naturel. Mais il ne faut pas non plus que toute la compétition soit cryptée, car le but est quand même d’offrir au plus grand nombre la possibilité de suivre la compétition en clair. Tout cela reste à traiter.


L’INVESTISSEMENT

Pour parvenir à développer un sport quel qu’il soit, il faut des champions, un grand événement médiatique et des installations adaptées pour attirer de nouveaux adeptes. Depuis 2005, la Fédération est particulièrement dynamique et efficace sur chacun de ces trois points.

Sur le plan de l’élite, nous avons gagné la médaille d’or aux championnats d’Europe en 2011… Les joueurs qui ont été formés à cette époque sont ceux que l’on retrouve aujourd’hui sur le circuit. Il peut certes y avoir une impatience des médias, mais la formation de l’élite prend du temps et depuis 2005 on a travaillé à mettre en place le terreau pour que tous ces champions puissent s’épanouir.

Sur le plan de l’événement médiatique, symbole du dynamisme d’une fédération,  personne ne croyait vraiment autour de nous que nous parviendrions à obtenir l’organisation du plus grand événement mondial du golf. Et nous y sommes parvenus.

Enfin, sur le plan des installations, quand on a mis en place le plan  des 100 petits équipements avant la candidature, les gens étaient sceptiques. Aujourd’hui, on en est à 70, et on aura achevé les 100 pour 2018. Ce programme est conçu pour permettre à tous ceux qui voudront se mettre au golf de trouver des équipements de proximité. Pour les Parisiens par exemple, de nombreux petits équipements de proximité à des prix modérés seront disponibles. Sur tous ces points, il me semble que la Fédération a fait un travail remarquable.

Aujourd’hui le nombre de licenciés est en régression, et c’est pour cela qu’il faut réinventer de nouveaux concepts et remobiliser les troupes. Sans doute la conjoncture économique y est-elle pour beaucoup, mais il y a  aussi des choses que nous devons améliorer ou inventer pour développer notre sport. Cela dit, entre le moment où l’on met les choses en place et celui où l’on en recueille les fruits, cela peut prendre du temps. Il faut donc être mobilisé, mais patient.


LES RETOMBEES

D’abord nous espérons donner une pérennité au Golf National. Il appartient à la Fédération, c’est un magnifique outil. Nous souhaitons donc en développer le prestige et optimiser son utilisation sur tous les plans. On sait qu’un parcours qui accueille une Ryder Cup reste à jamais dans les annales. On sait que le fait de le découvrir à la télévision ou sur place à l’occasion de cette Ryder Cup donnera envie à de nombreux golfeurs de découvrir ce parcours. Il y aura donc une longue et nouvelle vie pour le parcours du Golf National après la Ryder Cup.

Nous souhaitons évidemment aussi augmenter le nombre de licenciés, car si la Fédération augmente ce nombre de 50 000, voire 100 000, cela fournira des fonds pour lui permettre de réinvestir dans la formation des jeunes, des enseignants, dans l’organisation de tournois…

Un autre des effets secondaires souhaités par cet événement, c’est de repositionner la France sur la carte touristique mondiale du golf. Nous avons de très beaux golfs en France, dans des endroits très variés, mais le tourisme golfique est trop peu développé.  Les étrangers viennent faire du ski, vont séjourner sur nos côtes, visitent les nombreux sites culturels, mais n’intègrent pas forcément le golf dans leur projet touristique, et c’est dommage. La ville préférée des Américains, c’est Paris, il y a parmi eux de nombreux golfeurs, mais ils sont très peu à intégrer le golf dans leur projet de visite.  Partout en France il y a des golfs exceptionnels, l’offre est magnifique… Si vous venez visiter les vignes, pourquoi ne pas en profiter pour découvrir les parcours alentour ? Tout cela, ce développement économique et touristique, l’organisation de la Ryder Cup peut en être le déclic. Au moins nous l’espérons.


ET POUR CONCLURE…

Cette organisation me passionne. J’aime le golf, et je suis chargé d’organiser un événement sportif de dimension mondiale. Je suis bénévole et libre, j’ai la sensation d’être utile, à la Fédération bien sûr, mais aussi à la France qui va être pendant une semaine une magnifique vitrine pour notre sport. J’ai conscience des enjeux, du travail et des contraintes de la mission, mais j’ai aussi la chance unique de pouvoir mettre ma passion du golf au service de la réussite de cette Ryder Cup.

Interview réalisée par Caroline Jeanniard du Dot 
Crédit Photo : ffgolf/Alexis Orloff

 

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