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Interview Exclusive de Victor Dubuisson : La Ryder Cup, « C’était énorme ! »

C’est à Londres, pendant le Volvo Match Play Championship, que Victor Dubuisson a eu la gentillesse d’accorder une interview exclusive à Golf-Zone. Un mois après avoir remporté la Ryder Cup et y avoir réalisé des performances saluées par l’ensemble du golf mondial, Victor a accepté de revenir sur l’événement, de nous guider au sein de l’équipe européenne et de nous faire découvrir de l’intérieur l’intensité extrême de ces journées.

Embarquez avec nous au cœur de l’événement, nous vous emmenons dans les coulisses de Gleneagles, en compagnie de Victor Dubuisson

London Golf Club, le 18 octobre 2014, par Caroline Jeanniard du Dot
(crédit photo Golfouest)

Comment as-tu vécu l’événement ? Est-ce aussi grand que ce qu’en disent les joueurs, qui se battent parfois deux ans pour y participer?

C’est un événement absolument hors norme, aussi prestigieux que tout le monde le dit. L’ambiance est exceptionnelle en permanence. L’Ecosse, en plus, c’est très spécial, c’est le berceau du golf, les spectateurs étaient très présents… Et enfin, le parcours était top. Bref, c’est en effet une compétition vraiment à part. C’était énorme ! 

Comment un adversaire toute l’année peut-il se transformer en partenaire une semaine ? Un jeu aussi individualiste que le golf se transforme-t-il facilement en sport d’équipe ? Et pour toi, cela t’a-t-il paru naturel ?

Oui c’était tout à fait naturel. Tous les gens avec qui j’étais dans l’équipe sont des joueurs exceptionnels, et en plus ils sont super sympa. Je les connaissais tous très bien, mais là on était vraiment très proches. C’est la seule semaine où les joueurs peuvent et veulent s’entraider et se soutenir les uns les autres sur le parcours. Cela transforme la proximité amicale en une extraordinaire solidarité. Cela aussi, c’est vraiment unique.

Comment s’est fait le choix de McDowell ? Par affinité, par complémentarité dans le jeu, les deux ? Avez-vous été consultés ? Comment et quand l’as-tu appris ?

Paul MCGINLEY voulait mettre ensemble le joueur le plus expérimenté avec le moins expérimenté. Cela faisait deux ou trois mois que l’on savait qu’on allait jouer ensemble en équipe. Dans cette période, on s’est donc arrangé pour par exemple jouer ensemble lors des recos des tournois, et puis on s’est vu de temps en temps en dehors car on savait qu’on allait jouer les foursomes ensemble. Et c’est vrai que dans les foursomes, l’entente entre les deux joueurs est souvent la clé ; .le capitaine avait anticipé et cela a vraiment bien marché.

Avec Graeme MCDOWELL, une belle entente. Quelle est la nature de vos relations ? Maître/disciple ? Amis ?

Je peux dire que c’est un ami. C’est quelqu’un avec qui je passe du temps en dehors du parcours, c’est quelqu’un de très sympa qui m’a donné de bons conseils pendant la Ryder Cup. C’est vrai que c’était super de jouer avec lui, d’autant plus que j’ai bien joué. On sait que les foursomes, c’est la formule la plus difficile et c’est celle qui peut faire basculer le match. C’est pour ca que McGinley voulait nous faire jouer l’après-midi en dernier. Tout cela était préparé, et ça s’est super bien passé.

Comment s’est décidé le choix des nombres pairs et impairs? Soulagé de pas avoir joué le tee numéro un ?

Ca s’est fait par rapport aux pars 5. J’avais trois des mises en jeu des quatre pars 5, et j’avais tous les pars 3. Mon jeu de fers était très bon cette semaine-là. Après le tee du 1 n’est pas forcément très stressant, il y a juste un drive à faire, c’est plus le second coup qui est stressant. 

Que retiens-tu de tes succès des deux premiers jours ? Comment êtes-vous parvenus à une telle évidence d’équipe et à une telle qualité de jeu? Communiquiez-vous beaucoup sur la stratégie pendant les matches ?

Sur chaque coup, on communiquait. Il y avait beaucoup de vent, on essayait vraiment de pas faire d’erreurs, l’objectif était de ne pas faire de bogeys. Le parcours était compliqué à jouer en foursomes, il faisait froid, il y avait du vent, le jeu c’était de faire fairway/green pour se lancer des opportunités de birdies et être agressif au bon moment. Mais oui, on discutait pas mal, il me demandait des conseils sur les lignes de putt, sur le vent, mais en fait c’était plus pour se rassurer l’un et l’autre. 

Tu aurais aimé jouer les 4 balles ? Si oui, outre McDowell, avec qui aurais-tu aimé jouer ?

Oui, j’aurais aimé jouer les 4 balles, car j’étais très en forme à ce moment là. Mais c’était important qu’on soit en forme l’après-midi, car les foursomes, c’est la formule la plus difficile. Et je pense que c’était ça l’objectif de McGinley, avoir les gens les plus en forme pour les deux après-midi. Il avait raison, les deux points qu’on a ramenés étaient vraiment importants.

Si j’avais joué les 4 balles, je pense que j’aurais été avec McDowell mais j’aurais aussi pu jouer avec Donaldson, car je m’entends très bien avec lui. Mais je pense que cela aurait été plutôt avec McDowell.

Quel est le rôle du coach ? Très présent ? Qu’est-ce que tu as apprécié chez lui ?

Un très bon capitaine, le meilleur que j’aie connu, et d’après les autres joueurs plus expérimentés, le meilleur depuis de nombreuses éditions de la Ryder Cup. Il était très proche des joueurs, tout était personnalisé, chacun faisait comme il le sentait, et il faisait en sorte que les joueurs soient le mieux possible pendant le tournoi. Son objectif était que chaque joueur fasse ce dont il avait envie pour être à son maximum, et qu’il ait ce dont il besoin en dehors du golf pour être bien. On n’avait aucune contrainte, il était bienveillant, c’était vraiment très cool. Le soir, on se retrouvait tous pour discuter, et il nous demandait même quel numéro on voulait jouer… Chacun donnait son avis, il n’imposait rien, c’était une vraie discussion. Un coaching extraordinaire.

C’est une sacrée preuve de confiance de la part de McGinley de te faire jouer en dernière partie lorsque l’on sait que ce match avait été capital à Medinah. Tu le savais depuis quand ? Cela t’a mis une pression supplémentaire ?

McGinley avait confiance en moi et en mon jeu. J’étais très content de jouer en dernier. Il voulait mettre le plus expérimenté en premier et le plus en forme en dernier sur la semaine. Jouer en dernier, cela peut être une grosse pression, ou au contraire cela peut être très facile, Vu l’avance qu’on avait, on devait savoir à peu près 5 - 6 trous avant si la Ryder est gagnée ou pas, et c’est exactement ce qui s’est passé. J’étais au 13 quand j’ai su qu’on avait gagné. C’était un soulagement, mais à partir de là, c’était très dur de se concentrer. On jouait en dernier, tout le monde nous suivait, mais tout le monde savait que c’était gagné. Ce n’est vraiment pas évident à ce moment-là de rester dans la partie. 

Je n’ai rien lâché quand j’ai su qu’on avait gagné, j’ai d’ailleurs fait deux birdies pour revenir 1up, mais c’est plus après que c’était dur de rester dans la partie. Mais bon, j’essayais de faire le mieux possible, car on s’était fixé un gros objectif, celui de gagner sur la journée. Il fallait qu’on marque 6 et demi, et pour ça, il fallait que je gagne mon match. Quand je suis arrivé au 17 et qu’il a raté son putt, je savais que quoi qu’il arrive, on allait gagner la session, que je ne pouvais plus perdre le match. En fait, j’avais très envie d’aller jusqu’au 18 avec tout le monde, alors j’avoue que mon putt je l’ai joué, mais je n’avais pas la réelle envie de le mettre. En fait, je ne l’ai pas vraiment putté, sans doute parce que je voulais que cela se termine au 18. Je ne me suis pas vraiment concentré sur ce putt.

Tout ce monde, toute cette couverture médiatique… es-tu sensible au stress ? Tu sembles impassible quel que soit l’enjeu, est-ce le cas ?

C’est une ambiance à part. D’abord c’est un tournoi que personne n’a envie de perdre, et les fans sont souvent très chauds. On le sait, le public fait partie intégrante de l’événement, et les gens qui parlent ou qui crient, moi, cela ne me dérange pas du tout. 

 McDowell, Monty, Butch HARMON, Nick FALDO, Darren CLARKE ne font que des éloges sur toi…Ils t’ont félicité personnellement ?

Je les ai vus le soir, car ils étaient tous à la fête. Et c’est sûr que c’est très gratifiant d’avoir leur reconnaissance. Mais je ne m’arrête pas là du tout. Je suis ravi d’avoir bien joué à la Ryder Cup, je l’espérais, mais cela ne change pas mes objectifs. Ce n’est pas un aboutissement, c’est un commencement. Pour moi, j’ai conscience d’être au début de ma carrière de golfeur qui va durer je l’espère plus de 20 ans encore. Je suis évidemment très content d’avoir ces retours, mais je ne m’arrête pas là.

A-ton avis, qu’est ce que les Européens avaient de plus cette année ?

Je pense que c’était l’entente entre les joueurs et avec le capitaine. On a eu beaucoup de chance cette année, et je pense que c’est Paul McGinley qui a fait toute la différence. Il a su créer une atmosphère de sympathie, une dynamique et une osmose entre les joueurs de l’équipe, une ambiance exceptionnelle qui nous a permis de dominer largement cette Cup. 

Ton meilleur moment ? 

Mon premier match avec Mickelson et Bradley, car ils étaient invaincus en Ryder Cup. C’est vrai que ce jour là il y avait beaucoup de vent, le parcours était difficile à jouer en foursomes, plus que le deuxième jour. Les putts ne tombaient pas, mais on n’a fait aucune erreur, et on est arrivé à bien rester up toute la partie. Et quand au 16, McDowell rentre son putt, cela a été un grand moment, car il n’avait rien rentré de la partie. En arrivant sur le green du 16, McDowell me dit : « Ca ne m’est jamais arrivé de ne pas rentrer un putt de plus de 6m en Ryder Cup « , et là il me dit : « Celui –là, tu vas voir, je vais le rentrer ». C’était un putt vraiment pas évident, et quand il l’a rentré, il m’a regardé, et on était simplement heureux. On était vraiment ravi d’avoir gagné ensemble ce match, car c’était un vrai challenge.

Tes projets ?

Australie la semaine prochaine, puis les Final Series, puis le Netbank.

L’année prochaine, je ne sais pas du tout si je vais jouer l’European Tour ou le PGA TOUR. Je n’ai pas encore décidé.

Voilà. Une carrière d’exception se construit devant nous. Nous sommes évidemment ravis de cette réussite, mais aussi de pouvoir partager régulièrement avec Victor ses moments forts et ses succès.

Encore merci à lui pour sa disponibilité, sa confiance et sa sympathie

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